Pierre Rigal

compagnie dernière minute

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le 3 octobre 2006 dans 8 pays.

Arrêts de jeu

dimanche 16 mars 2014, par dragon

- Production Compagnie dernière minute
- Coproduction TNT - Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, Théâtre de la Ville - Paris, Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Ile-de-France)
- Avec le soutien de la DRAC Midi-Pyrénées, DICREAM, ADAMI, Conseil général de la Haute-Garonne, la Ville de Toulouse, AFAT Voyages et Repérages
- Remerciements au CDC Centre de développement chorégraphique Midi-Pyrénées / Gare aux artistes de Montrabé / Centre national de la danse en Rhône-Alpes / La FIFA

La compagnie dernière minute est subventionnée au titre de l’aide au conventionnement par le Ministère de la Culture et de la Communication / Préfecture de la région Midi-Pyrénées, la Région Midi-Pyrénées et la Ville de Toulouse. La compagnie dernière minute reçoit le soutien de la Fondation BNP Paribas pour le développement de ses projets.

Source des images Séville 82 France-Allemagne, le match du siècle de Pierre-Louis Basse. Ed. Privé

Arrêts de jeu met en scène un souvenir. Un souvenir à la fois collectif et intime. Un souvenir d’enfance. En 1982, l’équipe de France de football rencontre la RFA en demi-finale de la coupe du monde à Séville. Arriver à un tel stade de la compétition constituait déjà en soi une réelle performance pour cette équipe loin d’être favorite. Le rêve d’accéder à la finale passait donc par la réalisation d’un improbable exploit face à l’ogre allemand, rigoureux et discipliné, physiquement agressif et supérieur. L’équipe de France n’avait pour elle que la fantaisie audacieuse et périlleuse de ses joueurs frêles et enthousiastes. Le scénario de cette partie reste encore dans les mémoires des enfants que nous étions à l’époque. Battiston tombe dans le coma, agressé par le gardien Schumacher. L’arbitre refuse injustement un but de Rocheteau. Les Platini, Giresse, Tigana, Trésor sont des héros. Ils défient courageusement leurs adversaires. 3 - 1 pour les français dans les prolongations. Les allemands égalisent à quelques secondes de la fin. La séance de tirs au but est interminable, insoutenable. Maxime Bossis manque son penalty. Flirter avec l’exploit et échouer. Echouer injutement. La RFA vole la victoire aux joueurs français effondrés. L’équipe, ainsi que l’ensemble des supporters dont je faisais partie du haut de mes 9 ans, fut envahie d’une immense et inconsolable déception.
Outre l’enjeu sportif crucial, cette rencontre revêtait évidemment un caractère politique sous-jacent. Les tensions ancestrales entre les deux pays ressurgissaient à la surface et s’exprimaient de manière déguisée. La deuxième guerre mondiale, même si l’on n’osait pas le dire, flottait dans les esprits. Le sport, souvent rassembleur, peut aussi catalyser des mythes, des fantasmes et les clichés. Ce fut le cas ce soir de juillet 1982.
La « célébration » chorégraphique, théâtrale et graphique de cette rencontre sportive à la dramaturgie si étonnante met en valeur, à travers le rituel et la commémoration, les mythologies collectives et intimes qui construisent nos souvenirs.
A la fois solennelle, absurde, sacrée ou ridicule, cette cérémonie évoque, à travers l’exploration du « jeu » au sens large, les plaisirs, les enjeux et les paradoxes de l’enfance. Les corps sont des images, des visages, des jouets, des joies, des angoisses, des rêves puis des cauchemars. Les corps sont tantôt idiots, tantôt solennels, tantôt absurdes, tantôt perspicaces, tantôt agiles, tantôt maladroits.
Cette manifestation « régressive » de ces souvenirs me permet finalement d’observer ma posture actuelle d’adulte et d’appréhender, peut-être avec crainte, mes souvenirs prochains.

Pierre Rigal


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